L’art de la patine

Dans sa définition traditionnelle, la patine d’une chaussure regroupe les modifications de son apparence avec le temps, l’usage, ou plus récemment l’impulsion humaine ; Patiner une chaussure permet de jouer sur le dessin de la chaussure, les contrastes, les dégradés et les couleurs du cuir. Mais si sa description peut vous faire croire à une simple technique de coloration, il n’en est rien : Patiner  une chaussure est un art à part entière, avec ses chefs de file, ses méthodes et ses techniques créatives. Cela ne vous dit toujours rien ? Lisez la suite de l’article et laissez-nous vous expliquer…

Tout d’abord, il y a deux types de patine qu’il est nécessaire de séparer :

La patine naturelle

La patine naturelle d’une chaussure (et par extension d’un cuir), ce sont tout simplement ses changements esthétiques dus au temps et à l’usure. Par exemple, si vous avez acheté un sac à main en cuir, il est possible qu’après plusieurs mois/plusieurs années il se soit légèrement éclairci : Vous pouvez dire que son cuir s’est patiné. C’est la cas avec certains sacs à main Louis Vuitton par exemple, qui subissent un tannage végétal (= éponges à patine) : Ils arrivent beige entre vos mains, et se foncent avec le temps.

Une patine naturelle est vite limitée, mais elle est très simple à faire et dépend de 3 facteurs :

– L’utilisation

– Le soleil

– Une matière grasse

C’est à partir de ce constat qu’est née la patine artificielle, sur laquelle nous allons nous attarder aujourd’hui…

La patine artificielle

La patine artificielle concerne les modifications de l’apparence du cuir faites par l’homme : C’est là que tout devient intéressant, puisque les possibilités sont littéralement infinies. La patine artificielle est d’ailleurs devenu un art à part entière, à un tel point que tous les cordonniers et grands bottiers proposent maintenant un service de patine personnalisé.

Le processus de patine en images par Berluti : On voit bien à gauche la pose de la teinte qui servira de base, et ensuite les mouvements/mélanges qui donneront un effet bois (droite)

La patine est aussi un excellent moyen de donner une seconde vie à une vieille paire de chaussures. Si vous avez une vieille paire de richelieus qui traine depuis 10 ans et qui n’a jamais connu d’entretien, il ne coute rien d’essayer de les faire patiner, voire les patiner soi-même. Le résultat est parfois surprenant…

Oui, c’est bien la même paire de chaussures.

Retenez cependant bien ceci : Quand on patine une chaussure, on peut littéralement TOUT faire. Bien qu’une patine claire sur un soulier foncé soit difficile à réaliser, rien n’est impossible. Cela veut dire que vous pouvez très bien transformer de vieilles derbies marron en chaussures bi-colores rouge et violettes, comme vous pouvez transformer vos bottes d’équitation en bottes de motard au noir étincelant…

Jetez un œil par exemple à Berluti, qui s’amuse à réinterpréter des sneakers blanches en leur appliquant la patine d’une soulier de ville :

Crédit photo : Berlutti

Comment on fait ?

L’idée générale, c’est que l’on va chercher à enlever la teinte du constructeur pour mettre la nôtre à la place.

1)    On décape le soulier sur un embauchoir à l’aide d’un solvant type javel ou alcool et d’un chiffon.

2)    La chaussure est complètement décapée. On remet donc une nouvelle coloration sur la chaussure qui vient remplacer celle du cuir décapé. C’est la « base » de couleur de votre chaussure.

3)    On dessine ! C’est là que s’exprime votre créativité. Vous pouvez superposer des teintes, accentuer le bout ou l’empeigne, mettre du marron sur les coutures et du vert ailleurs par exemple ou travailler un effet marbré.

4)    C’est presque fini ! Comme vous avez quand même décapé le cuir, vous vous doutez bien qu’il est fragilisé. La dernière étape est donc celle de la finition : On vient renourrir le cuir avec un rénovateur et des crèmes, et on finit le travail avec de la pâte à cirer.

Quelques patines classiques

Une patine aubergine

Credit : Henrike Enko

Une patine cognac

Credit : Henrike Enko

Une patine charbon

Credit : Henrike Enko

Les meilleures adresses parisiennes

Paulus Bolten : Un maître incontesté de la patine. Paulus Bolten est surtout connu pour être le premier à patiner des baskets en série – Stan Smith, Nike – et à leur appliquer un processus de patine digne des plus beaux souliers. Le résultat est élégamment décalé. Paulus organise aussi des « soirées patine » dans son appartement pour ceux qui désirent apprendre, on ne saurait que vous le recommander ! 28 Rue le Sueur, 75116 Paris

JM Legazel : Très connu dans le milieu puisqu’il a aussi lancé sa propre marque, JM Legazel continue néanmoins de réaliser des patines pour le compte de ses clients. Il est connu pour teinter l’impossible : Que vous vouliez un dégradé jaune-vert avec du noir sur les côtés ou une simple patine cognac, tout est réalisable et dieu sait qu’il le fait bien. 2 Place de la Porte Maillot, 75017 Paris

Le talon rouge : Probablement un des cordonniers les plus luxueux de paris. Ici le service est absolument exceptionnel, de l’accueil jusqu’à la remise religieuse des souliers, et pour cause : Le propriétaire des lieux, Pierre-Paul-Marie Hofflin maîtrise le sujet. Si bien qu’il a un blog sur lequel vous pouvez voir son travail, sa dernière pièce étant tout de même une paire de derbys en croco issues d’un des plus grands bottiers de Budapest.
10 Rue du Laos, 75015 Paris

Vous savez maintenant (presque) tout sur la patine et ses subtilités. Si l’expérience vous tente, nous vous recommandons de chercher de tutoriels précis et détaillés sur internet et d’utiliser une paire peu couteuse. Néanmoins, l’expérience est rarement décevante et peut vous permettre de sublimer voire donner une seconde vie à une vieille paire de 20 ans ou d’un soulier qui vous ennuie. Il y a une seule chose à retenir de la patine : Comme tout art, elle fige vos mouvements et rend chacune de vos pièces uniques. Alors n’ayez pas peur de l’inconnu et foncez !

 

 

 

Une pensée sur “L’art de la patine”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *